Surveiller les risques du secteur à la manière d’Assuris

La mission d’Assuris est de protéger les assurés canadiens en cas de faillite de leur compagnie d’assurance vie et santé. Remplir cette mission exige un état de préparation constant dans lequel nous nous assurons que notre boîte à outils servant à régler une faillite reste adaptée au contexte sectoriel actuel et aux tendances émergentes. Un élément essentiel de cette préparation est une compréhension claire et prospective de l’environnement d’affaires et des risques qui façonnent l’industrie canadienne de l’assurance vie et santé.

Cet article présente l’approche d’Assuris en matière de surveillance et d’évaluation des risques sectoriels selon notre point de vue unique, et explique pourquoi cette perspective justifie une plus grande attention au risque de liquidité.

Nous anticipons les faillites, mais nous ne les prévenons pas

Les gestionnaires de risques et les autorités de surveillance des compagnies d’assurance mettent l’accent sur la prévention. Leur objectif est de veiller à la solidité financière des assureurs et d’intervenir tôt en cas de problème.

Le rôle d’Assuris est différent. Nous ne prévenons pas les faillites, mais nous devons être prêts si elles se produisent. Cette distinction oriente notre approche en matière de risques. Nous nous concentrons sur les risques susceptibles de nuire considérablement à la solvabilité et de conduire à une faillite.

Cette approche nous permet d’identifier les compagnies membres qui se rapprochent du point de faillite et de prendre des mesures de préparation ciblées. Par exemple, la préparation sera différente selon qu’une compagnie membre est constituée en vertu d’une loi fédérale ou provinciale, ou qu’elle exerce ou non des activités internationales. Ces considérations influencent directement la manière dont la faillite d’un assureur serait réglée.

Au-delà du risque de faillite

Assuris concentre également ses efforts sur les risques associés au règlement de faillite d’un assureur. Ces risques, appelés risques de résolvabilité, concernent par exemple des situations qui pourraient rendre un assureur en faillite moins attrayant pour les acheteurs potentiels ou qui pourraient compliquer la coopération avec les autorités étrangères dans le cas d’un règlement de faillite impliquant plusieurs juridictions.

Une autre dimension importante concerne les risques liés à notre système de financement, c’est-à-dire à la manière dont les fonds sont recueillis auprès de l’industrie pour couvrir un manque d’actifs à la suite d’une faillite. Il est essentiel de comprendre ce qui pourrait compromettre la capacité de ces outils de financement à remplir leur rôle. En anticipant ces risques, nous nous assurons que notre système de financement demeure suffisant, équitable entre les compagnies membres et favorable à la stabilité financière.

Cadre d’analyse des risques sectoriels d’Assuris

Le cadre d’analyse des risques sectoriels d’Assuris commence par une veille continue de l’environnement afin de recueillir de nouvelles informations sur les tendances du secteur et les risques émergents. Cette veille a une portée étendue : elle couvre à la fois les perspectives canadiennes et internationales et s’étend au-delà de l’assurance pour englober l’ensemble du système financier. Les sources comprennent notamment les autorités de contrôle canadiennes, la Banque du Canada, l’IAIS, le FSB, les associations actuarielles, le GRI1 et d’autres organisations. Ces informations sont complétées par des échanges directs avec diverses parties prenantes et par des données fournies par les compagnies membres d’Assuris.

Chaque année, Assuris examine chaque risque sectoriel identifié afin d’évaluer notre niveau de préoccupation au chapitre de la faillite, de la résolvabilité et du financement. Cet examen prend en compte des facteurs comme la probabilité et la sévérité du risque, les tendances d’exposition et le nombre de compagnies membres vulnérables. Les résultats guident l’établissement de nos priorités, ce qui contribue à renforcer notre préparation.

Risques sectoriels prioritaires pour Assuris

Les risques géopolitiques et ceux liés à une récession économique sévère demeurent prioritaires. Les fluctuations défavorables de marché continuent de représenter le principal risque de solvabilité pour l’industrie de l’assurance vie et santé, et Assuris surveille de près ces développements.

Nous prévoyons accorder une attention accrue au risque de liquidité2 en 2026 et dans les années à venir. Assuris doit se préparer à tous les types de faillite, y compris celles qui découlent d’enjeux de liquidités. Ce type de faillite a tendance à évoluer rapidement et nécessitent un processus de règlement différent, particulièrement lorsqu’un financement urgent est nécessaire.

Nous surveillons également le risque lié aux perturbations des programmes de couverture3, qui a lui aussi une faible probabilité et un niveau de sévérité élevée. Bien qu’une stratégie de couverture réduise le risque de marché d’un assureur, elle crée également une dépendance à l’égard des contreparties. Si un assureur en difficulté n’avait plus accès à des contreparties pour ses besoins en dérivés, il pourrait se retrouver avec d’importantes expositions non couvertes aux marchés. Ceci pourrait menacer sa viabilité et rendre le règlement de faillite plus difficile en diminuant l’intérêt des acheteurs. Les conditions de marché pourraient également continuer à se détériorer après la faillite, ce qui affaiblirait davantage le bilan de l’assureur et augmenterait le besoin potentiel de financement de l’industrie.

Notre évaluation couvre également un éventail d’autres risques sectoriels, dont les pandémies, les placements non traditionnels, la faillite des réassureurs, les cybermenaces, l’intelligence artificielle, les dépendances aux tiers, les tendances défavorables en matière de santé et les changements climatiques. Bien que ces risques ne soient pas actuellement évalués selon le niveau de préoccupation le plus élevé en considérant nos axes d’analyses (faillite, résolvabilité et financement), ils restent importants pour la résilience du secteur de l’assurance vie et santé. En restant conscients de tous ces risques, nous veillons à ce que notre préparation visant à protéger les assurés canadiens évolue en même temps que l’industrie.

1 IAIS (AICA) : International Association of Insurance Supervisors (Association internationale des contrôleurs d’assurance), FSB (CSF) : Financial Stability Board (Conseil de stabilité financière), GRI : Global Risk Institute.

2 Risque découlant principalement d’appels de marge liés aux instruments dérivés ou d’événements de déchéance de masse. Les appels de marge peuvent être déclenchés par des fluctuations de marché ou des dégradations de cote de crédit. Les déchéances de masse sont souvent liées à des changements de conditions de marché qui incitent les assurés à remplacer leurs contrats existants par d’autres offrant un rendement plus élevé.

3 Risque qu’un assureur ne soit pas en mesure de maintenir ou de transférer ses positions sur produits dérivés en raison de la perte de contreparties, généralement à la suite d’une dégradation de sa cote de crédit qui déclenche des clauses de résiliation de contrats dérivés, ou lors d’une période de stress généralisé sur les marchés qui réduisent la capacité du marché à fournir des instruments dérivés (par exemple, faillite d’une banque de grande taille).

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